Wednesday, 17 August 2016

Algeria-Kabylie - a collection of essays and articles by Hugh Roberts



Hugh Roberts will be touring Algerian libraries from 17 to 27 August to present, discuss and sign his collection of essays "Algerie-Kabylie" published by Barzakh editions in 2014. All his articles were written between 1994 and 2010. They are still so relevant.

Want to know what this collection contains and argues for ? Read a review here in French on TSA:

Un rendez-vous à ne pas manquer cette semaine sera avec le politologue britannique Hugh Roberts programmé notamment à la librairie Cheikh de Tizi Ouzou le 17 août, pour présenter et débattre de son livre Algérie-Kabylie (Barzakh, 2014). D’autres rencontres littéraires avec l’auteur auront également lieu à Tazmalt, Sidi Aïch, Akbou, Aïn El Hammam, Bouzeguene, Béjaïa et Boudjimaa.

Associate Professor d’Histoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient depuis 2012 à l’université de Tufts aux USA, Hugh Roberts a concentré ses recherches sur l’Algérie depuis sa première visite en 1972. Inscrit en thèse de doctorat à Oxford pour étudier en particulier la révolution agraire, Roberts réalise grâce à des rencontres fortuites avec des habitants de Ath Waaban en 1975, qu’un champ de recherche bien plus fascinant s’ouvre à lui : la structure politique de la Kabylie.

Quarante ans plus tard, il continue à étudier, à écrire, et à intervenir sur l’Algérie et la Kabylie en particulier.

En attendant ses trois nouveaux ouvrages en préparation The Green Card : the political dynamics of Islamism in North African and Beyond (Hurst), Commanding Disorder : informal politics and military power in Algeria et Algerian Politics and the Kabyle Question (IB Tauris), son livre Algérie-Kabylie vient s’ajouter à sa liste de publications en langue française.

Algérie-Kabylie est une collection d’essais et d’interventions de l’auteur entre 1994 et 2010. L’ouvrage est divisé en deux parties. Une première appelée « études », qui réunit quatre critiques pour la plupart parues dans la revue algérienne Insaniyat entre 1998 et 2003, dont deux comptes rendus d’ouvrages académiques : La guerre civile en Algérie – 1990-1998 de Luis Martinez (1998) et L’islam Kabyle. Religion, état et société en Algérie de Kamel Chachoua (2001). La deuxième appelée « interventions » regroupe un hommage à l’anthropologue politique algérien Mahfoud Bennoune, et cinq entretiens et communications de l’auteur donnés entre 2001 et 2007, ainsi qu’une partie de son rapport pour l’International Crisis Group, sur ses sujets de prédilection : la structure du champ politique de l’Algérie et de la Kabylie.

Toutes les analyses de cet ouvrage, même si elles ont été formulées il y a des années, sont encore singulières par leur actualité.

L’un des aspects les plus intéressants des travaux de Roberts, amplement illustré ici, est son raisonnement en termes de traditions politiques pour appréhender et comprendre l’organisation politique et sociale de l’Algérie.

Son observation et sa démonstration d’une « tradition du self-government communautaire de la société des campagnes algériennes » et sa mise en exergue de l’importance des « traditions de pensées et d’expression des lettrés et des non lettrés » sont des éléments caractéristiques de ses recherches.

Depuis ses premiers travaux, nés d’observations sur le terrain, Roberts décortique « les modèles appliqués en anthropologie politique pour observer et analyser le fonctionnement du système des campagnes algériennes ». Dans les articles réunis ici, il examine entre autres les thèses des deux grands sociologues Gellner et Bourdieu et leur influence sur l’analyse de l’histoire politique et sociale de l’Algérie faites par d’autres ensuite.

En faisant le constat des thèses de Gellner et Bourdieu sur l’organisation politique berbère, celle de la Kabylie en particulier, il démontre le réductionnisme de la sociologie structuraliste, et de la thèse segmentariste.

Roberts revient également sur les routes prises par d’autres spécialistes, comme au sujet de la jema‘a « où l’on a fait croire que c’est une tradition exclusivement kabyle, alors que c’est une tradition que l’on rencontre à travers le pays et même ailleurs », ou certains traitements de la question du « déni identitaire » qui ne prennent pas en compte « qu’il y a eu une évolution patente dans la pratique aussi bien que dans le discours de l’État algérien depuis vingt ans ».

La somme de ces articles constitue une longue réflexion sur deux éléments dominants des analyses d’observateurs, étrangers et algériens, de la structure et de la vie politique algérienne : le rôle des liens de parenté (la généalogie et les liens du sang) et les alliances. Ces aspects souvent présentés comme les deux éléments clés, garants de cohésion sociale et politique, ont intéressé et continuent d’informer les lectures des sociologues politiques et anthropologues qui s’intéressent à l’Algérie.

Ce que Roberts démontre et la thèse qu’il avance depuis les années 70 est que les liens de sangs et les alliances n’expliquent pas la cohésion politique et sociale en Algérie mais qu’il existe « d’autres principes pour garantir la cohésion que la parenté et l’alliance ». Pour Roberts, ces autres principes sont de nature politique, un facteur fondamental dans l’organisation sociale.

Le mouvement de l’opposition et « la faiblesse de l’aile civile de l’élite politique nationale », la crise démocratique en Algérie, l’opacité du système politique, et la question Kabyle, sont les autres grands thèmes en discussion dans cette collection. Des analyses offertes pour informer l’opinion internationale, et qui se veulent aussi « une contribution aux réflexions des acteurs algériens ».

Analyser la structure d’une société, en dégager les principes selon lesquels elle s’est formée et les structures sur lesquelles elle s’est construite n’est pas qu’un exercice intellectuel. Ce type d’analyses rigoureuses constitue un moyen raisonné de comprendre le cheminement d’une construction politique, et de permettre de « s’émanciper de sa mémoire » pour mieux construire.

Cette collection d’essais s’ouvre sur « les prémisses historiques d’une libération inachevée » et se termine sur la « philosophie des réformes » des années 20 à nos jours, et chez les précurseurs comme Ibnou Zakri, né en 1853. Une réflexion sur le mouvement réformiste algérien à méditer.

« Algérie-Kabylie » de Hugh Roberts, Barzakh, 2014, pp 331.

Tuesday, 16 August 2016

Sadak Aissat - three novels







sadek





Algerian writer Sadek Aissat died of a heart attack in 2005. His novels attack little attention and he isn't often mentionned in Algerian literary things to speak about. And a terrible shame that is.

Why ? Because this :

In the official calendar of Algeria’s things to celebrate, many dates mark the events and figures that have influenced the course of our culture. We remember victories, putsches, goals, slaps in the face, and the bright light of the full moon. We also observe deaths, a whole lot of them. Systematic assassinations in the 90s considerably increased the number of these types of commemorations and since then, a trend to commemorate goodbyes has been set.
But black, contrary to the wise words of the great Ahlem Mosteghanemi, doesn’t suit us.  We are color dealers, we burst into a multitude of blushes, all day long. We deal in the indigo of kohl, the ochre of honeyed wheat, the white of salt lakes in the east, the yellow of the Aures flanks, the leafy green of Tafsut, spring, when nature is reborn.

And speaking of births, August 5 was the day Algerian writer Sadek Aïssat came into this world, and it should be celebrated. Born in 1953 in Reghaïa, he returned to his natal soil in 2005.

Sadek Aïssat was well known as a journalist, but he was also a remarkable novelist. His three novels The Year of the Dogs (L’année des chiens), The Precipice Estate (La cité du precipice) and I Do As the Swimmer in the Sea (Je fais comme fait dans la mer le nageur), published between 1996 and 2002, are top of the list of the beautiful things he bequeathed.

In 2009, Barzakh edition grouped all three novels into one volume titled Saddek Aïssat, Three Novels, an opportunity to pay a much deserved homage, and by the same, to publish his first two works for the first time in Algeria. Aïssat wrote and published all his novels in France. He had moved there with his family on August 10, 1991. Exile is the theme that traverses all his fiction.

“And so I wanted to understand time which, much more than space, is the secret of all exile.”

Aïssat’s novels are defined by his colorful portraits, planet-like bodies he observes just before and at the very point of trauma. In all three novels, he retraces the origin of the faultline that has broken lives apart and made them slip. The Year of the Dogs recounts episodes in the lives of characters like Omar, who celebrated his engagement at 26 and commits suicide at 42 because he hasn’t been able to afford a home to move into and can longer bear hiding in squalid hotels to spend time with his spouse. Or like the fisherman Jucoop Double Face, so named by the boys because his face is huge, who couldn’t care less that his wife is a prostitute because he loves her and she loves him, who is kidnapped and decapitated to punish him because he sold cigarettes to military men. Like Mohamed, aka Bob John Lennon, “the unluckiest of us all because he had everything and lost everything,” who hasn’t gone to school but speaks French and English and manages to become a steward, faking his degrees before fate catches up with him. Like the old sewing lady the boys call “Precipice Radio” because she knows everything about everyone, and is no longer surprised by what the universe throws at The Precipice Estate.

Throughout his work, Aïssat searches for the origin of the all-submerging feeling that is displacement. In The Year of the Dogs, the narrator relives the events that have disconnected him from his environment and have later led him to seek exile outside his country. He daydreams about his relationship with his twin brother Salim, shot dead by a stray bullet, and with his mother, remembering all the animals that used to inhabit her portentous dreams.

Mothers, as the umbilical link that transfers both love and wounds, are cornerstone in the construction of Aïssat’s novels. In The Precipice Estate, Zohra, whose heart is “like an iron blade between the hands of a blacksmith. It overflowed,” silently reflects on her prayer mat about how powerless she feels in stopping the slow demise of her two sons. Similarly, in I Do As the Swimmer in the Sea, in which the narration of two main characters alternates, Sien, the beautiful single mother that DZ befriends, is pregnant and will bring up her son Habib alone.

Animals are a recurring element of the most pleasurable sort in Algerian fiction. In Tahar Wattar it was fish, in Rachid Boudjedra it is snails. In Assia Moussa Ali’s short stories, rodents inhabit the imagination of her characters. In Aïssat, it is spiders. 

In I Do As the Swimmer in the Sea, DZ adopts a money spider, makes her a little casing and brings her dead flies on which to feed. Aïssat opens this French metaphor for “the unhinged,” unfolds it, lays it out and turns it into a place from which to contemplate fighting away madness.

All these characters observe themselves through others, their point of observation is a mirror in front of and behind which they sit. This effect is explicit in I Do As the Swimmer in the Sea, which opens with a narrator announcing he is the ink for the voice of DZ, a character into which he projects himself and who will narrate the events that led him to burning his visa and passport and move to the Sonacotra estate outside Paris. A burning of bridges to attest that except memory and blood, no physical connection now remains.

Fershily rani sakran  (Spread my bed, I am drunk – Cheb Khaled)

Not one of Aïssat’s novels is bitter or frontal. They are melancholic, and Aïssat is often humourous too, recognizing with good grace that exile, like fate, laughs at us all. It is music that appeases his characters, particularly the mandole of the grand master of Chaabi music, El Hadj M’hamed El Anka, and his touchiya after which the first chapter of The Precipice Estate is named. Aïssat was working on a volume on El Anka before he died. Perhaps one day, that volume will be published posthumously.

Cheb Khaled is often heard among the pages too. In I Do As the Swimmer in the Sea, before leaving for Latin America, CK, who is forever leaving to “seek a meaning to what he feels is disconnecting inside of him,” gives DZ all his tapes of classic tango.

The cleansing  effect of urine

One of the most striking element in Aïssat’s work is his portrayal of the soothing and cleansing effect of urine. Boualem, in The Precipice Estate, and DZ, in I Do As the Swimmer in the Sea, are two adults on the verge of being broken. Both are about to take a crucial step. Their decision is made after a night of tempestuous dreams. Boualem relives the torture he endured during his four day incarceration by the military men looking for his brother. DZ is locked in a dream made of fear and a repressed memory of loss he can’t escape.

Both adult men wake up having urinated on themselves during their sleep. DZ consciously urinates in his bed in between dreams. But they are not ashamed or embarrassed; rather, they are surprised and relieved physically and emotionally. Urinating in their bed and on their own skin has comforted and calmed them. It has brought them closer to having found a point of re-entry into a safe place, childhood, where the slate was clean, the womb from which everything was once possible. This point of entry is also a point of exit from pain. Both will take a momentous step after this episode.
I have not yet stumbled upon another Algerian writer in French who has incorporated urine in any manner into his work, but in Arabic, as far as body fluids go, Said Khatibi’s main character Kahina, in his tragicomic The Book of Faults (Kitab el khataya), doesn’t shy away from describing the comical situations menstrual blood, tampons, and abortion has led her into.

Algerian fiction is better known, in Algeria and beyond, for its narratives of tragedies directly related to war, through which seeps the undiluted memory of ruthless violence. Underground, however, a magnificent layer lies, one that is deeply connected to an ancestral oral literary tradition, to its animals, its magic realism and delicious wit. This connection, present in many contemporary works of fiction, is reshaping their exploration of the seat of all our emotions, tessa*.

*Tessa is the liver in Kabyle, the language of the Berbers of the north of Algeria.


If you'd like to know what each novel is about, here is a detailed description in French of Barzakh volume in homage of Aissat, on TSA, read here.




Wednesday, 10 August 2016




Ramdane Abane's aura and charisma inspired the French writer Rene Victor Pilhes to write "The Night of Zelemta" (2016). A disappointing novel but an interesting angle... read a review in French here on TSA:

Une rencontre avec Ramdane Abane durant son incarcération à Albi, et sur la route du Maroc après les exactions du Général Massu, ce serait comment ?

C’est la question qui inspire toute l’intrigue de « La nuit de Zelemta » (Albin Michel, 2016) de l’auteur français René-Victor Pilhes et autour de laquelle le roman pivote.

Les premières pages s’ouvrent sur deux hommes en conversation. Le curé Gabriel Antus écoute les dernières confidences du sous-lieutenant Leutier, gravement blessé. Son corps ne tiendra plus longtemps, Leutier le sait, alors il raconte.

Jean Michel Leutier est né à Aïn Témouchent. Il a 18 ans en 1953, et ses prouesses scolaires lui promettent un bel avenir en Droit. Ses parents décident de l’envoyer à Toulouse pour poursuivre ses études, et c’est en philosophie que le jeune homme va particulièrement se distinguer. Lorsque Leutier rencontre Rolande Jouli, la sœur de Jacques son très bon copain de classe, il décide d’essayer de la côtoyer. Jacques, amusé, accepte de l’inviter chez lui à Albi régulièrement pour qu’il puisse voir la jeune fille et se présenter à sa famille. Durant ces visites, Leutier accompagne Rolande et sa mère, très portée sur les œuvres de charité aux hôpitaux et prisons. C’est ainsi qu’il va se retrouver à les accompagner à la prison d’Albi, et va rencontrer à sa stupeur Ramdane Abane.

Ramdane Abane fut incarcéré de 1953 à 1954 à Albi en tant que prisonnier politique. La plus grande souplesse de cette administration carcérale et son statut permettront à ce détenu extraordinaire d’échanger librement, et dans cette fiction, de discuter seul avec le jeune Leutier.

Ces rencontres vont être une phénoménale prise de conscience pour Leutier qui, jeune, naïf, et surtout aveugle, n’a pas su voir l’injustice qui l’entoure en Algérie et que subissent ses camarades depuis leur plus jeune âge. En très peu de temps, Abane va lui ouvrir les yeux. Leutier ne va jamais oublier cet éveil.

Mourant, Leutier va confier au curé Antus le souvenir de ses rencontres avec Abane à Albi, et surtout celui de la nuit où il va le revoir, quatre ans plus tard en début mars 1957, lorsque Abane va s’échapper vers le Maroc.

Soixante ans s’écoulent, et Antus décide d’écrire les confidences de Leutier lorsqu’il apprend que quelqu’un enquête sur la mystérieuse nuit de Zelemta.

Les conversations imaginaires entre Abane et Leutier, dans une prose sculptée, constituent en fait une très petite partie du roman. Ces conversations sont essentielles pour le développement du personnage de Leutier, mais leur durée, quelques lignes seulement, et leurs teneurs ne font entrevoir Abane que très légèrement.

Ces brides de discussions très brèves sont la source de la prise de conscience de Leutier et de sa graduelle compréhension de la situation dans laquelle les Français d’Algérie se sont engloutis. Mais la chair du roman, c’est Leutier et son éveil. Toute la dynamique de l’histoire, elle, est fondée sur le mystère de la nuit de Zelemta, une nuit durant laquelle Leutier patrouillait.

René-Victor Pilhes, né en 1934, a lui-même été étudiant à Toulouse et a fait son service militaire en Algérie dans l’Oranie qu’il décrit. Zelemta est d’ailleurs un lieu réel qui se situe entre Mascara et Tiaret.

Dans une interview avec Benjamin Stora dont il a beaucoup lu les écrits pour construire le personnage de Abane, et pour insérer des épisodes historiques factuels dont parle Leutier, Pilhes explique très clairement l’angle qu’il a voulu explorer dans ce roman. Cette fiction est «  une reflexion autour d’une histoire qui m’obsède depuis près de 60 ans », confie l’auteur. Il avait déjà envisagé de l’écrire après son service militaire en Algérie, mais a préféré attendre. C’est quand sa compréhension et sa compassion pour la douleur des Français d’Algérie ont mûri qu’il a décidé d’écrire ce roman, construit autour de la rumeur d’une rencontre fortuite entre un sous-officier français et Ramdane Abane sur la route du Maroc. Une rumeur bien réelle selon l’auteur, qui a circulé dans les cantines des soldats de cette période.

Ressusciter les grands noms de l’histoire dans des œuvres de fiction et leur redonner un souffle de vie permet d’explorer sous un nouvel angle la vie et le rôle des femmes et des hommes qui ont participé à l’édification de l’Algérie d’aujourd’hui. Ces fictions historiques sont une forme de transmission de mémoire, elles permettent aussi de préserver un espace de recueillement pour les grands « effacés » de l’histoire.

« La nuit de Zelemta » de René-Victor Pilhes, éditions Albin Michel (Janvier 2016), pp. 192

Saturday, 30 July 2016

Beautiful shores - Nina Bouraoui's new novel



Nina Bouraoui's new novel Beaux rivages (Beautiful shores) is about to be released. And what a delicious novel it is.





Reviewed in French for TSA :

Ce nouvel écrit, dont l’histoire est située à Paris entre deux dates très contemporaines, juste après les attentats de janvier 2015 et à l’aube de ceux du Bataclan, explore le grand thème de la trahison amoureuse à l’ère numérique.

A., la narratrice vit et travaille dans la capitale française. Elle prête sa voix aux actrices, elle est doubleuse. Cet emploi lui permet de mener une vie confortable et de passer son temps libre à voyager.

Elle est en couple avec Adrian depuis 8 ans. Lui vit en Suisse où il dirige une galerie d’art. Elle et Adrian sont plus qu’amants, ils se sont promis l’un à l’autre, et si le mariage n’a pas scellé leur relation sur papier, ils se sont toujours dit qu’ils finiraient leurs jours ensemble.

Mais ça, c’était avant le SMS d’Adrian qu’elle reçoit sans aucun préliminaire, et dans lequel il lui annonce qu’il a besoin de liberté et qu’il la quitte.

Elle comprend rapidement qu’Adrian ne s’est pas lassé d’être en couple mais qu’il est passé à une autre, une femme avec qui il vivait une histoire en parallèle depuis plusieurs mois.

Ce nouvel écrit, dont l’histoire est située à Paris entre deux dates très contemporaines, juste après les attentats de janvier 2015 et à l’aube de ceux du Bataclan, explore le grand thème de la trahison amoureuse à l’ère numérique.

A., la narratrice vit et travaille dans la capitale française. Elle prête sa voix aux actrices, elle est doubleuse. Cet emploi lui permet de mener une vie confortable et de passer son temps libre à voyager.

Elle est en couple avec Adrian depuis 8 ans. Lui vit en Suisse où il dirige une galerie d’art. Elle et Adrian sont plus qu’amants, ils se sont promis l’un à l’autre, et si le mariage n’a pas scellé leur relation sur papier, ils se sont toujours dit qu’ils finiraient leurs jours ensemble.

Mais ça, c’était avant le SMS d’Adrian qu’elle reçoit sans aucun préliminaire, et dans lequel il lui annonce qu’il a besoin de liberté et qu’il la quitte.

Elle comprend rapidement qu’Adrian ne s’est pas lassé d’être en couple mais qu’il est passé à une autre, une femme avec qui il vivait une histoire en parallèle depuis plusieurs mois. 

Dévastée par le mensonge qui met fin à huit ans de complicité, elle se retrouve seule face à la traîtrise de l’être aimé dans un contexte social et national déstabilisé. Elle commence à ne plus pouvoir dormir ou se nourrir, et se retrouve au bord de la dépression et sait qu’elle y plongera si elle ne se reprend pas.

Lorsqu’elle demande à Adrian qui est cette femme, il lui donne le nom et prénom de sa nouvelle amante. C’est trop de tentation. Elle fait une recherche sur le net. Sa remplaçante tient un blog sur lequel elle postera des photos régulièrement pour faire passer des messages à la narratrice et la narguer, connaissant son existence et sachant qu’Adrian pourrait la quitter elle aussi, peut-être aussi vite qu’il lui est venu pour retourner au grand amour de sa vie, comme il le décrit.

Elle a alors deux choix : se défaire d’Adrian et de ce triangle, et refuser l’amitié malsaine qu’il lui propose, pour se reconstruire. Ou l’attendre en espérant qu’il lui revienne. Cette possibilité, il continue de la lui faire miroiter.

Mais elle va s’engouffrer dans une troisième voie, une addiction numérique et la torture qu’elle engendrera, avant d’apercevoir une issue.

La trahison amoureuse et le mensonge sont des thèmes éternels en littérature. Bouraoui les traite avec maturité, sensible et subtile, ancrée dans son siècle, celui de l’accès et du partage en temps réel d’informations intimes, de leurs reflets déformants, dans une ère où les nouvelles technologies sont – aussi – utilisées comme un nouvel outil pour (se) faire du mal. La situation nationale tragique au sein de laquelle l’histoire se déroule, et sa contemporanéité discrète, souligne aussi combien il faudra se battre pour continuer à s’aimer comme avant.

Beaux Rivages est l’un des textes les plus ouverts de l’auteur. Dans ce roman, Bouraoui se décentre de son « je » narratif habituel et hypnotique, pour raconter et se raconter, en se conjuguant à toutes les personnes. Son empreinte, celle de jeux de ponctuation si propre à ses textes et à leur morphologie, rythme la narration.

Beaux Rivages expose une blessure et retrace les sentiers de la confiance vers de nouvelles plages. Un roman contemporain sur un thème immortel, qui vient enrichir les quatorze autres de l’auteur.
Beaux rivages de Nina Bouraoui aux éditions JC Lattès, 2016, pp. 252.

Merci aux éditions Lattès pour la copie presse de ce roman.


Friday, 29 July 2016

Is there a nahda in Algerian literature ?

The 19 volume of Riveneuve editions' literary magazine published in the spring of 2015 focused on Algeria. It argues that there is a nahda in Algerian literature based on what it calls 'the emergence' of novels that speak of the 90s, a proof of this 'renewal' or 'renaissance'. I entirely disagree. Here's why, in French on HuffPost Algerie :

Is there a nahda in Algerian literature ?

Il y a-t-il une nahda des lettres algériennes ? C'est la question que pose le numéro 19 de la revue littéraire Continents des éditions Riveneuve, et à laquelle il répond à l'affirmative dans cette anthologie de textes d'auteurs algériens et français, textes de fiction ou de non-fiction.

Ce numéro 19 intitulé "Algérie : la nahda des lettres - la renaissance des mots", publié au printemps 2015, est entièrement dédié à la question d'une renaissance littéraire en Algérie. Dans ce volume, et dès l'introduction, Gilles Kraemer, directeur de publication, Adlène Meddi et Mélanie Matarese, éditeurs-en-chef, proposent d'explorer comment, et dans quelles œuvres, il ont vu se dessiner une renaissance des lettres algériennes, post-1990s.

Un même thème et une même période traversent tous les textes : les années 90s. Un thème choisit par les éditeurs pour s'interroger sur une "société qui ne veut même pas reconnaître ses traumas pour avancer".

La question à laquelle l'ouvrage répondra en examinant une partie de la production littéraire algérienne contemporaine est introduite dès l'introduction : "Comment écrire dans cet entre-temps, le temps de la reconstruction de l'être ensemble et celui de l'entre-tuerie nationale ?", et "Parlera-t-on dans cet entre-temps de 'renaissance des Lettres' ? De renaissance par les Lettres ?"

Avant que les textes, preuve de cette renaissance, ne soient dévoilés, Kraemer, Meddi et Matarese annoncent qu'ils se lancent dans l'exploration de "toute la question du défi presque inconscient des Lettres algériennes qui se réinventent, en arabe et en français, à travers de plus jeunes générations d'auteurs, héritiers des traumatismes et des pères fondateurs que sont Kateb, Dib, Djebar, Ouettar, Haddad".
Pour eux une renaissance des lettres, claire et évidente, a commencé son essor : "Nul doute que l'avenir de l'Algérie - sa renaissance - est déjà en germe dans les mots et les Lettres de tous ceux qu'elle inspire. Elle se manifeste dans le renouvellement des genres littéraires, entre l'utopie et la science-fiction, le Rap et la BD, le polar et le roman graphique, le dialogue des langues, des images, des formes d'expression, des thématiques".
28 auteurs et leurs textes forment ainsi le fondement textuel et imagé, sur la base desquels cette renaissance va être démontrée et illustrée.

Des textes sous forme d'essais ouvrent la revue, comme celui d'Akram Belkaid qui écrit son soutien répété à Kamel Daoud. Celui d'Hervé Sanson répertorie les œuvres d'auteurs, de Dib à Alloula, dans lesquels il voit une création littéraire nouvelle dans la forme et dans le fond. Le texte de Denise Ibrahimi fait une lecture de deux romans algériens, "Le dernier juif de Tamentit" d'Amine Zaoui et "Alger le cri" de Samir Toumi pour illustrer une création dite inédite dans ces nouvelles lettres algériennes.

Loin des essais, les textes de fiction sont l'exemple le plus concret de l'affirmation d'un renouveau : ceux de Sarah Haidar, de Yahia Belaskri, ou l'extrait du roman de Kaddour Hadadi (HK) "Néapolis" publié chez Riveneuve, ou le texte de Thierry Perret.
La production littéraire algérienne en langue arabe n'est pas évoquée mais est illustrée avec une nouvelle de Mohamed Kacimi en français sur la métamorphose des rues et des bars au début des années 90, et avec un texte très bref en langue arabe de Bachir Mefti sur la violence dont on ne parle pas.
L'espace littéraire féminin est discuté par Dalila Morsly dans son mini-essai qui prend en exemple l'ouvrage collectif "Raconte-moi ta liberté" (2012, Sengho éditions) pour discuter de l'espace que négocient les femmes auteures.

Au fil du volume, on découvre des textes extraits de romans en cours d'écriture comme "Quand s'effrite la mémoire" de Youcef Tounsi, ou le prochain roman policier d'Adlène Meddi "1994", un autre roman inspiré de 1984 de George Orwell. Djamel Mati annonce son prochain roman avec son texte "Des chercheurs dans le désert" pour lequel il cherche un éditeur. Le volume se clôt sur une nouvelle de Pierre Jacquemin extraite de son ouvrage aux éditions Riveneuve.

La production théâtrale est aussi représentée ici avec l'exemple d'un texte de Mustapha Benfodil, devenu pièce de théâtre, qu'il a rédigé lors d'une résidence d'écriture sur le voilier "Zitoun", un voyage qui, dixit l'auteur, fut passé à vomir en mer et écrire une fois sur terre.

Le renouveau est étendu à la scène artistique avec des articles. Camille Leprince parle avec des artistes algériens des Beaux Arts d'Alger qui puisent leur inspiration dans les années 90s, et illustre son texte avec les paroles du rappeur Diaz, et le parcours du visual artist Walid Bouchouchi. Quand à Lazhari Labter, il présente l'essor de la BD algérienne, basé sur son ouvrage "Panorama de la bande dessinée algérienne 1969-2009", paru aux éditions Lazhari Labter (2009).

La BD est aussi présente sous forme de planches pour illustrer un renouveau dans l'art visuel avec une planche inédite de Gyps, et le texte illustré de Jacques Ferrandez intitulé "L'étranger", dans lequel il parle de ses illustrations de la nouvelle d'Albert Camus, "L'Hôte".

Les poèmes ponctuent la revue. Ceux de Souad Labbize, Ali Chibani, Ghaouti Faraoun, Davis Allais, et de Habiba Djahnine qui s'apprête à publier un nouvel ouvrage sur le thème de la reconstruction.
Chez certains auteurs, ce n'est pas le thème des années noires qui inspire le texte. Il se dérobe et fait place à celui de l'occupation française et la guerre d'indépendance, avec la nouvelle de Djilali Bensheikh, et le texte illustré de Joël Alessandra qui s'interroge sur l'appartenance et l'exil, sujets qu'il a explorés dans "Petit-fils d'Algérie", un récit sous forme de bande dessinée (Casterman, 2015) sur le parcours de son père et de ses grands-parents.

Cette revue, riche en auteurs et en découverte pour le lecteur, est le genre d'anthologie de textes et d'auteurs dont on manque cruellement. Les éditions Riveneuve publie donc ici un bel outil pour les études littéraires algériennes, les chercheurs et les curieux.

Une nahda ou une nahda des lettres ?

On peut tout à fait concevoir, comme l'affirme les éditeurs, que les années 1990 ont fait place à une renaissance culturelle, et en ce sens, cette revue porte bien son nom si elle désigne un renouveau au sens large car c'est un renouveau des espaces et du souffle que cette revue illustre.

Mais parler de nahda littéraire, c'est affirmer autre chose. Un renouveau littéraire suit un développement spécifique et concret en littérature, et dont le fond, la forme et les contours sont très lisibles. Un renouveau en littérature est un véritable phénomène.

Les indices d'un renouveau littéraire se situent dans la structure de la prose ou de la poésie, particulièrement dans leur syntaxe, et dans un élargissement ou un passage des thèmes passés vers des sujets modernes. Ces nouveaux thèmes déchiffrent la nouvelle ère qu'ils saisissent, sans nécessairement abandonner les anciens, pour continuer d'observer, comme un miroir.

Pour juger un tel renouveau, il faut connaitre les principes sur lesquels la prose des auteurs précédents s'est construite, ainsi que ceux de la nouvelle pour pouvoir comparer. Les thèmes n'en sont que la surface.

Ainsi, on imagine mal une nahda des lettres sans parler de style, et non de genre, sans définir la période, et qui se déclinerait sur un seul thème. Parler des années 90 est un thème qui a été largement exploité depuis les années 2000, et même durant les années 90. Pour la littérature algérienne, ce thème n'est plus nouveau.

Difficile d'imaginer aussi un renouveau sans un texte d'Amari Chawki, l'auteur phare du réalisme magique algérien, en langue française. Une illustration de renouveau sans la littérature algérienne de langue arabe est d'autant plus difficile à concevoir car s'il y a renouveau, c'est dans celle-ci qu'il se trouve.

La relation auteur-lecteur en Algérie

Parmi les thèmes qui fondent la trame des romans algériens, quelque soit le genre littéraire, ce sont les années 90s, la colonisation et la guerre d'indépendance qui attirent le plus d'attention. Mais les auteurs algériens explorent bien d'autres sujets, ils sont nombreux à avoir dépassé les années 90s dans leur fiction.

Cet intérêt pour d'autres imaginaires, et ce passage à une autre ère est manifeste dans la production littéraire algérienne de langue arabe.

Si les auteurs continuent d'explorer ou d'être hanté par l'impact et le traumatisme des années 90s, composant des textes qui (les) aideront à décomposer la douleur, à digérer le contexte et entrevoir les effets futurs de ces années, le lectorat algérien lui est saturé par ces thématiques liées à la violence.
Tant que le lectorat ne pourra se plonger, pour souffler et s'oxygéner, dans des textes sortis du ventre des auteurs et non de leur esprit, dans des écrits qui saisissent l'essence transitoire et éphémère, grave et aérienne, large et précise, du parcours humain, le lien auteur-lecteur restera scindé.
C'est l'un des paradoxes de la relation littéraire auteur-lecteur si négligée et sous-estimée en Algérie, où l'écrivain écrit pour exorciser ses cauchemars, et le lecteur ne veut pas être le récipient de ceux-ci.

Mes remerciements aux éditions Riveneuve pour la copie presse de cette revue.